Rencontre avec Corneille, auteur du livre : Là où le soleil disparaît

Un texte de Véronique Harvey

Lors du dernier Salon du livre de Montréal, j’ai eu le privilège de rencontrer Corneille. Plusieurs savent désormais que Corneille a vécu une expérience profondément traumatisante lors du génocide au Rwanda : il y a perdu toute sa famille, et ce, sous ses propres yeux. 

Ce n’est que 22 ans plus tard, en rédigeant son autobiographie, qu’il arrive à parler du génocide dans sa complexité. Cet exercice mérite d’être souligné. Corneille écrit avec les nuances et la sagesse d’une personne qui a cheminé. Il démontre ainsi avoir pris le recul nécessaire pour faire l’analyse de son vécu. Son discours enrichi de ses expériences de vie dans différents pays (Allemagne, Rwanda, Canada, France) nous offre un point de vue tant de l’intérieur que de l’extérieur sur ces contextes divers et contrastés.

 

Cette rencontre m’a interpellée parce qu’elle résonne avec plusieurs aspects de ma vie tant personnelle que professionnelle.  Sur le plan professionnel, je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec les expériences de traumatismes et déracinements que vivent les personnes que l’on voit en soutien psychologique au RIVO.  Sur le plan personnel, je me permets de partager qu’en tant que mère d’un garçon de cinq ans né au Mali au début des conflits armés de 2012, je vois en Corneille ce petit qui m’a été confié et qui un jour sera grand.   


Récits déchirants, mais inspirants 

Dans mon travail de psychothérapeute, j’ai entendu de nombreux récits de personnes s’étant surpassées malgré les monstruosités qu’elles ont subies.  À chaque personne rencontrée, je me dis : « Si le monde pouvait entendre cette histoire, ça ferait un livre ». À chaque témoignage, je me sens privilégiée de constater à quel point ces personnes inspirent par leur courage et leur désir de vivre, envers et contre tout et par cette volonté de vouloir se refaire une vie. 


Pouvoir se réinventer

Corneille démontre une capacité d’introspection et parle de ses expériences avec clarté et courage. Le virage qu’il fait en tant qu’écrivain témoigne de ses habiletés à se réinventer, à travers son désir de vivre et sa créativité, des forces clefs dans la reconstruction de soi. Corneille a vécu plusieurs vies. Il a parcourut le monde avec sa musique, évoquant le parfait symbole de la résilience. Mais son récit nous ramène à la juste réalité d’un parcours comme le sien. Comme tout survivant, il doit vivre avec ses expériences douloureuses, car celles-ci font parties de son vécu et de ce qu'il est devenu aujourd'hui. Son parcours de survivant ne défini pas tout ce qu'il est, mais il est du moins une composante indéniable. Tel le travail en thérapie, on ne peut pas oublier les atrocités, même si on le voudrait.  En revanche, on peut apprendre à composer avec ce passé douloureux. Il faut garder une cohérence avec l'ensemble de ses expériences vécues et non juste une partie dissociée du reste. Ce sont les premiers pas vers la reconstruction de soi. En mettant son récit sur papier, Corneille se réapproprie son histoire; une histoire que lui seul connait vraiment.


Une œuvre, une mine d’informations

Ainsi, Là où le soleil disparaît est un trésor. À travers mon expérience de thérapeute auprès des personnes ayant vécu de la violence organisée, j’ai pu être témoin de la difficulté que représente l’exercice de nommer et rendre publique une histoire aussi éprouvante. J’apprécie d’autant plus le courage que ça a dû prendre à Corneille pour mettre en mots ses expériences et en parler publiquement. Son ouvrage est une mine d’informations sur les sujets reliés à l’impact de la violence, aux parcours migratoires, à la question identitaire et au processus de guérison. Corneille met en lumière les défis que représente la vie pendant et après la violence, et l’importance de la reconstruction de soi, d’une identité positive et d’une vie meilleure. Un processus qui, pour certains, doit passer par la thérapie. 

Merci, Corneille, de parler au nom des personnes touchées, de près ou de loin, par la violence organisée.

Là où le soleil disparaît, Corneille, Éditions XO 

 


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