En amont de la clinique de l’extrême

Un texte de: Gabrielle Roy, étudiante en psychologie de l’UQAM

Selon Michel Peterson, psychanalyste, travailleur social et clinicien de RIVO, la clinique des demandeurs d’asile est essentiellement politique au sens où il est impossible de ne pas élaborer une réflexion et une position sur le vivre-ensemble et sur les modalités à partir desquelles on pense les liens entre les individus. Michel Peterson constate que le monde s’est construit par les migrations et les guerres, et que la violence est bel et bien inhérente au psychisme humain. La torture est un passage à l’acte d’une extrême violence, mais, selon lui, il faut savoir que cette violence, chaque humain la porte en lui.

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Il y aurait, selon l’HCR, en ce moment même, environ 68,5 millions de déplacés, et environ 55 020 réfugiés sont entrés l’an dernier au Canada, ce qui est bien peu, note Peterson, en comparaison avec les réfugiés que reçoivent les pays européens. À son avis, le Canada pourrait en accueillir bien davantage et gagnerait à réunir les services juridiques, médicaux et psychologiques sous un même toit, comme le recommande le International Council for Rehabilitation of Torture Victims, dont le siège est au Danemark et qui publie le Torture Journal. Peterson insiste sur l’importance de donner de solides repères aux réfugiés qui, déjà désorientés et déterritorialisés, ne devraient pas, dans leur pays d’accueil, se retrouver une fois de plus dans l’errance. De plus, pour les demandeurs d’asile, l’attente de leur statut de réfugié peut être vécue comme une situation extrêmement angoissante, voire traumatisante.

Peterson explique que dans la clinique avec les personnes objets de violence organisée, les caractéristiques qu’on imagine être celles du bon thérapeute sont à repenser, notamment concernant le dispositif thérapeutique selon les principes dits déontologiques, à l’occidentale. Chez un sadhu comme le célèbre Ramdev Pathi, en Inde, les personnes qui viennent « consulter » sont reçues dans une salle en présence d’autres, qui n’interviennent pas. Une séance peut durer cinq heures. Dans le Nord-Est du Brésil, à Fortaleza, les guérisseurs traditionnels travaillent de concert avec les psychiatres, les psychanalystes et les psychologues, en complémentarité : au centre de santé mentale de la Favela des 4 Varas, on ne pense pas les uns sans les autres et sans les représentations culturelles des symptômes. En Occident, on ne fait jamais de la clinique en marchant dans la rue, mais avec un Bhoutanais, ce serait une bonne idée : dans le bureau, celui-ci serait silencieux comme une carpe. La cartographie psychique et la nosographie culturelle de milliers de réfugiés est différente de celle qui prévaut en Occident. Par exemple, pour des Africains, l’idée de la possession par un ou des esprits est tout à fait admissible alors qu’ici elle serait considérée comme une étrange déviation de la norme. Une personne ayant, en Occident, le diagnostic de psychotique pourrait, dans une autre culture, exercer en tant que chaman. Ainsi, la clinique transculturelle nécessite de s’adapter et de réviser ses propres critères occidentaux.

Dès son arrivée au Canada, le demandeur d’asile doit remplir une fiche d’information personnelle (le PIF) où il expose les raisons qui l’amènent à faire sa demande d’asile au Canada. Cette fiche s’avère très importante pour la suite de la demande, car toutes les autres étapes seront mesurées à l’aune de ce document. Or, quelqu’un de lourdement traumatisé peut avoir un problème de mémoire sans parler du fait que, sur le plan psychique, un événement est autre que sur le plan juridique. De plus, d’une fois à l’autre, une personne ne raconte pas de la même façon un événement vécu. Il devient alors très délicat de comparer le PIF rempli dès l’entrée au pays au témoignage du demandeur d’asile devant le commissaire lors de l’audience décisive qui aura lieu des mois sinon des années plus tard. Et pourtant, c’est en bonne partie sur cette comparaison que se fonde la décision administrative finale…

À Montréal, les demandeurs d’asile sont hébergés un mois environ par le YMCA de la rue Tupper. Pendant ce temps, ils doivent trouver un logement, faire des demandes de prestations sociales avec l’aide des travailleurs sociaux du PRAIDA (CLSC Côte-des-neiges). Très rapidement, ils doivent se trouver un emploi alors qu’il y a la barrière de la langue… Et souvent le trauma…

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Peterson conclut en amenant une nuance importante: ce n’est pas parce qu’on a vécu dans un pays en guerre qu’on est traumatisé. Le tissu communautaire, social, l’organisation psychique peuvent avoir protégé la personne. Il estime, sous toute réserve, qu’environ 10 % des réfugiés qui arrivent au Canada souffrent de trauma-extrême et que seulement 2 à 3 % de ceux-là consulteront. Malheureusement il n'y a aucune statistique officielle de disponible pour le moment. À Montréal, les personnes réfugiées en besoin de thérapie sont le plus souvent orientés par le PRAIDA à RIVO-résilience. 


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Un texte de Hue-Tam PHAM-THIpsychothérapeute au RIVO  Hue-Tam PHAM-THI, psychothérapeute du lien depuis 2013, formée au CIG (Centre d’intervention gestaltiste)...
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