Le RIVO m'a aidé à faire un pas en dehors de la survie

Un texte de Roseline (nom fictif)

J'ai été référée au RIVO parce que j'ai subi, entre autre, de la violence organisée. Pour la plupart des gens au Québec, celle-ci ne concerne que des individus "douteux". Peu sont conscients (peut-être un peu moins dernièrement) que l'exploitation sexuelle et la traite existe bien ici et qu'elles font de nombreuses victimes "innocentes" (enfants et femmes).

Toute petite, pour "éponger" ses dettes, mon père m'a vendue à ses créanciers. Ces derniers m'ont "dressée" pour répondre aux demandes des clients des établissements qu'ils contrôlaient (bordels d'enfants, bars d'enfants danseurs nus, bars à gaffes, etc.) ou pour des soirées ou journées "privées". J'ai été vendue de l'âge de 5 ans à 17 ans. J'ai essayé à quelques reprises de refuser, de m'opposer. J'en subissais alors encore plus gravement les conséquences ou on menaçait de s'en prendre à ma famille ou aux autres victimes présentes. À la limite, j'aurais accepté qu'on me torture (ce qui arrivait régulièrement) et que j'en meure (souvent, j'ai espéré cette délivrance) mais pas que d'autres personnes, surtout celles qui m'étaient chers, subissent  des conséquences.

Lorsque j'ai débuté mes rencontres au RIVO, je traversais une période très difficile; de nouveaux souvenirs de la traite à l'adolescence émergeaient. J'étais dévastée, j'aurai voulu comme sur un ordinateur peser sur "supprimer", TOUT supprimer (même moi). Je vivais un énorme dégoût envers moi-même, de la culpabilité et de la honte. J'étais horrifiée face aux images qui montaient, je me sentais terrifiée comme si elles étaient actuelles et terrassée par des douleurs physiques intenses. J'avais de la difficulté à remettre aux responsables de la violence (père, réseaux, clients) la responsabilité de leurs actes. Pour moi, j'étais coupable de ne pas m'être opposée suffisamment quitte à mourir physiquement, de les avoir laissée me tuer intérieurement petit à petit, jusqu'à ce que j'ai l'impression de ne plus m'habiter, d'être RIEN.

Au RIVO, j'ai senti de la part de la psychologue non seulement de l'empathie mais qu'elle comprenait vraiment ce dont je parlais, ce que j'avais vécu. Pour une fois, j'ai eu l'impression que je n'avais pas besoin d'expliquer, de justifier l'authenticité de ce que je racontais, voire presque de m'excuser de déranger, de bouleverser. Auparavant, les peu de fois où je parlais de ce que je vivais, je faisais en sorte de choisir des mots rationnels, peu évocateurs afin de ne pas perturber, de ne pas voir de l'horreur ou du dégout dans les yeux de mon interlocuteur.

Au RIVO, j'ai commencé à parler des vraies choses qui me perturbaient, d'évènements horribles, de la honte que je ressentais, à manifester tout l'impuissance qui m'habitait malgré les outils que j'avais développé au cours des années pour avancer, pour survivre. J'arrivais à un moment de ma vie où je n'arrivais plus à faire semblant d'être forte; depuis près de 10 ans, j'essayais de "conserver la tête au-dessus de l'eau", je me battais avec ce passé et là, j'avais l'impression de perdre le combat, de tout perdre. Mon conjoint m'avait quittée, je venais d'être mise en invalidité au travail, ma situation économique était précaire et ma santé se dégradait de façon importante depuis deux ans. La psychologue m'a aidé à revenir à l'écoute de moi-même, de mon corps, de mes besoins, à "normaliser" ce que je vivais, à laisser place à la colère enfouie, à voir dans certaines de mes paroles ou actes la vie en moi qui voulait s'exprimer, prendre sa place, à prendre conscience aussi de ma résilience. Nous avons également abordé les douleurs physiques et trouvé des façons d'apaiser certaines d'entre elles.

Au RIVO, je n'ai pas senti la psychologue démunie, ne sachant que faire devant l'étendu des traumatismes et des séquelles ou me détournant de certains aspects qu'elle ne voulait pas que j'aborde. Je pouvais lui parler de mes pensées, de mes émotions, des sensations, des douleurs que je ressentais dans mon corps, de différentes situations d'exploitation et de leurs conséquences, de MOI. Après avoir été morcelée pendant plus de quarante ans, j'aspirais à ne plus l'être, en fait, à l'être moins. Avec la psychologue du RIVO, je me suis sentie accueillie dans tous les aspects de ma personne, cela m'a donné le sentiment d'être un peu plus vivante et d'exister en tant qu'être humain (ne plus être un objet), en tant que TOUT. J'ai vécu cela comme une petite délivrance, une ouverture, une retrouvaille avec moi-même. Le regard que je sentais qu'elle portait sur moi (sans jugement, en acceptation, de compréhension, de personne à personne) m'a amené à changer le regard que je portais sur moi; j'ai maintenant davantage de compassion, d'acceptation et de patiente envers moi-même. La psychologue respectait également mon rythme, m'accompagnait; elle ne m'imposait pas sa façon de voir, ne me disait pas quoi faire, ce qui était "mieux" pour moi (ce que j'avais vécu avec d'autres personnes et lors de la traite). Elle m'aidait à voir plus clair dans ce que je vivais, à donner/trouver du sens et à identifier/expérimenter des outils, des solutions qui me convenaient. Tout cela faisait en sorte que je me sentais moins inadéquate, "anormale/différente des autres" et dysfonctionnelle.

Les rencontres qu'on m'a offertes au RIVO ont été fort utiles. Elles ont eu des répercussions positives dans plusieurs sphères de mon quotidien (perception de moi, relation avec mon corps, diminution de certains symptômes de stress post-traumatique et de douleurs physiques, relations interpersonnelles - au niveau de la confiance en autrui, etc.).  Le plus important et précieux apport est qu'elles m'ont permis de reconnecter avec ma petite flamme (de vie) intérieure. Je me sens encore dans la survie mais je sens que j'ai fait un pas de plus pour en sortir. Depuis, j'essaie de mieux prendre soin de moi, de faire des choix qui permettent à cette petite flamme de prendre sa place, de prendre de l'expansion dans l'accueil et la bienveillance.

Un énorme MERCI au personnel, aux bénévoles et aux donateurs du RIVO dont la contribution a fait en sorte que je puisse bénéficier (ainsi que d'autres personnes) de rencontres inestimables.


30 juillet: Journée mondiale de la dignité des victimes de la traite d’êtres humains

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