Humanité retrouvée

Un texte de Mariam, une femme originaire de la Syrie

Je suis une réfugiée, mais je ne l’ai pas toujours été.  Avant, j’ai été une personne, comme toute autre personne, comme vous.

Si vous m’aviez connu avant, vous auriez su que je suis enseignante d’anglais au niveau primaire et que j’adorais mon travail.

Vous auriez su que je rêvais depuis l’âge de 16 ans à voyager et vivre ailleurs. Et que même si la majorité de ma famille est à Montréal depuis longtemps, je n’ai jamais pensé à voyager ou habiter au Canada. C’était trop loin et trop froid.

Vous auriez su que depuis l’âge de 12 ans, Garou était le grand amour de ma vie et que j’ai grandi avec les chansons françaises et québecoises.

Vous auriez su que je rêvais de rencontrer l’homme de ma vie, et d’avoir une famille.

Vous auriez su que j’ai 12 amies très proches de moi. On travaillait ensemble, on voyageait ensemble, on s’accompagnait dans tous les moments spéciaux de nos vies.

J’ai été cette personne pendant 27 ans

Et puis la guerre a commencé. Mon école a été détruite. J’ai été forcée à fuir.  J’ai laissé derrière moi ma chambre, mes livres, mes amies, ma vie.

À partir de ce moment, je suis devenue ce que chaque pays où je suis allée me donnait le droit d’être. Pour le travail, je faisais ce que chaque pays où je suis allée m’autorisait de faire.

Ma valeur est devenue une variable, qui changeait d’un jour à l’autre et ma vie changeait avec elle.

Et puis, le Canada a ouvert ses portes pour nous accueillir. Un espoir dormant s’est réveillé, alors, je suis devenue une personne qui a demandé et à qui on a accordé le refuge au Canada.

Je suis arrivée à Montréal en plein hiver en 2016. J’ai atterri à l’aéroport comme réfugiée et je suis ressortie une résidente permanente du Canada.

Un nouveau chapitre commençait.

Une nouvelle vie à bâtir

Depuis mon arrivée, J’ai été déchirée en deux. 

La résidente permanente qui parlait français, et qui a trouvé un bon emploi, qui s’est impliquée dans plusieurs projets pour les réfugiés. Plus une immigrante qu’une réfugiée, à la découverte de Montréal. J’ai trouvé l’amour de ma vie, ici, à Montréal. Je me suis mariée cet été…

Une intégration complète. Réussie…. On dirait…

Et la réfugiée qui a été forcée à quitter son pays, qui était seule sans un système de support : mes amies. Celle qui portait en elle la douleur d’un pays qui est bombardé, tué, et ignoré par le reste du monde. Celle qui veut retourner chez moi, à la sécurité de ma chambre, à ma classe d’école, à mon passé, qui porte une colère envers la vie et envers Dieu qui a permis la guerre. La réfugiée qui veut crier, briser des choses, rester dans mon lit cachée sous les draps et qui porte la culpabilité sur mes épaules en parlant à des personnes que je connais et que j’aime et qui n’ont pas été chanceux comme moi.

Moi qui fait partie de ce ‘produit’ qui a été créé : ‘Les réfugiés’. Ce produit qui est le sujet de conversation, de débat politique et des nouvelles.

Cette partie de moi, j’ai essayé de la laisser à la sortie de l’aéroport, mais elle n’a pas lâché. Alors je l’ai trainée derrière moi, invisible, en douleur, silencieuse. je pensais qu’il n’y avait pas de place pour elle dans ma nouvelle vie.

Mais, je me suis rendu compte .. que je n’arriverais jamais à l’abandonner. Je ne voulais pas l’abandonner. La partie de moi qui a vécu 27 ans de bonheur, de mémoires, de réalisations avant les années de peur, de noir et de bombes. Je l’aimais, cette partie de moi. Je l’aime.

Et quand on aime, on prend soin. Je l’ai relevée, je l’ai portée dans mon cœur, et j’ai cogné à la porte du RIVO.

Au RIVO j’ai trouvé l’espace où la réfugiée peut sortir, exister. J’ai trouvé l’espace où on m’a écouté sans me juger. Pour le RIVO, je suis un être humain et seulement un être humain.

J’ai repris mon humanité. Je ne suis pas un produit.

Un réfugié c’est au-delà de ce qui est écrit dans les nouvelles, soit le positif ou le négatif. C’est plus qu’un statut. C’est une expérience de vie.

On n’arrête pas d’être réfugié en passant d’un statut à un autre. On trouve un bon emploi, on s’intègre dans le marché du travail. On rencontre des amis, un conjoint … on a des enfants. On s’intègre dans le tissu social… mais on peut faire tout ça et se sentir complètement isolé.

Avoir un toit au-dessus de notre tête ce n’est pas la même chose qu’avoir un chez-soi.

Prendre soin de la réfugiée, pour moi c’était un luxe que j’ai pu me permettre car les besoins principaux d’urgence, un logement et un emploi, je les avais. Mais il n y a pas de recette magique. Il n y a pas un scénario parfait.

J’ai eu vraiment la chance de trouver le RIVO quand je l’ai fait. Ils m’ont offert et continuent de m’offrir, les outils pour essayer de réconcilier mon passé et mon présent, pour trouver du sens à ce que j’ai vécu.

J’ai tenu à en parler pour dire merci

"Merci" en arabe, de la main de Mariam

Merci de me donner la chance de vous remercier.  À la personne qui m’a accompagnée, qui était toujours là pour moi et l’est encore, je dis: Merci. Merci de me donner l’espoir. Merci de m’accompagner dans mon parcours, soit avec ton écoute pure, soit avec les mots aux moments où j’en avais besoin.


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