La pièce manquante

Un texte de Noémie Trosseille, anthropologue

Pour la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines, et dans le cadre de son travail de documenter les pratiques porteuses d’interventions réussies, Noémie Trosseille nous propose ce témoignage de Véronique Harvey, psychothérapeute au RIVO.

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Je suis assise devant toi et je me sens inadéquate, parce que tu as quelque chose que moi je n’ai pas, qu’on m’a volée.

Si dans certains pays d’origine, une femme excisée est une femme de valeur méritant une belle vie et un respect social, elle devient une victime dans notre société hôte qui, par son regard critique, crée inconsciemment un sentiment de  honte : la honte de l’incomplétude.

La première fois où elle a côtoyé l’excision, Véronique Harvey vivait à New York : en tant que travailleuse sociale et psychothérapeute, elle a occupé le poste de African Community Councellor au Sanctuary for Families, un organisme offrant des services gratuits pour les personnes victimes de violence familiale.

Du fait que je parlais la langue française, je voyais des cas… presque exclusivement de l’Afrique francophone, et […] 99% des femmes que j’ai vues […] avaient vécu de l’excision. À travers leur vécu j’ai fini par connaitre un peu de la réalité de l’excision. Et de ses conséquences.

Si les conséquences physiques de la pratique de l’excision sont bien documentées, les conséquences psychologiques le sont bien moins, et pourtant dans ce contexte, le corps et l’esprit se font intimement écho.

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C’est pas seulement en fait la douleur, et les infections ou les hémorragies qui peuvent suivre par après, mais c’est de la façon qu’elles sont traitées qui est traumatisant au niveau psychologique […]. Elles sont blâmées pour ce qui leur arrive, même si c’est pas de leur faute. Donc le jugement social, d’être exclue…

D’une intervention de crise à New York, Véronique Harvey est passée à une approche psychothérapeutique à son retour à Montréal, au sein du Réseau d’Intervention auprès des personnes ayant subi la Violence Organisée (RIVO). S’il est un fil conducteur dans son parcours professionnel de New York à Montréal, c’est son amour envers la nature humaine et son intérêt pour l’intervention en situation de crise et en trauma, qui lui donnent le goût de redonner le goût de vivre.

On voit des transformations, on voit des personnes passer de… j’ai peur de sortir de chez moi, j’ai peur de prendre le métro, j’arrive pas à me concentrer dans mes cours de francisation, ou je veux chercher du travail mais personne ne va vouloir de moi, à… finalement, j’ai le droit à une vie, et ici on peut m’accepter telle que je suis, et je me remobilise pour m’intégrer.

white-lily-3042350_1920.jpgPour terminer, Véronique souligne l’importance de faire circuler le savoir, l’expérience, l’expertise, et attache une importance particulière à donner et recevoir des formations, à s’impliquer au sein du réseau d’intervention, dans les séances de supervision ou les groupes de co-développement, avec un souci constant d’améliorer sa pratique et d’enrichir les collaborations.

Je remercie cette femme pour avoir partagé ça, d’avoir eu le courage de me le dire, parce que ça m’a permis d’évaluer l’impact de mon propre regard sur cette pratique. […] Au lieu de travailler avec la personne comme une victime, de travailler plutôt en faisant ressortir ses résiliences et ses compétences en tant que personne.

Ainsi, sur un pied d’égalité, Véronique Harvey n’oublie jamais que les personnes qu’elle accompagne dans leur processus de résilience, de reprise de confiance en soi, sont les meilleurs experts de leur vie. Le RIVO souhaite continuer d’offrir un espace précieux d’écoute et de non-jugement pour des personnes qui aujourd’hui composent toutes les couches de notre société québécoise.


Noémie Trosseille est anthropologue de formation. En s’intéressant aux barrières de l’accès aux soins de santé pour les demandeurs d’asile, elle a été conduite sur le chemin de leur résilience. Et sur celui de Véronique Harvey : à l’occasion d’une conférence, elles se rencontrent dans la conviction que ces personnes déracinées ont, à tout prix, envie de vivre.

Noémie Trosseille travaille actuellement en étroite collaboration avec la Table de Concertation des organismes au service des personnes Réfugiées et Immigrantes d’une part, et avec le Centre d’expertise sur le bien-être et l’état de santé physique des réfugiés et des demandeurs d’asile d’autre part, à documenter les pratiques porteuses d’interventions réussies.


Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines, 6 février

Selon les Nations unies:

Les mutilations génitales féminines recouvrent l’ensemble des interventions qui consistent à altérer ou à léser les organes génitaux de la femme pour des raisons non médicales. Elles sont reconnues au niveau international comme étant une violation des droits fondamentaux des femmes et des filles.

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