L’accompagnement des personnes victimes de violence organisée: un travail de transcréation

Un texte de : Gabrielle Roy

Une présentation du travail de Michel Peterson, psychanalyste, travailleur social, et membre clinicien de RIVO depuis 2003 jusqu’à ce jour. 

 

En 2003, Michel Peterson, membre de l’École lacanienne de Montréal, faisait des interventions pour Jardin couvert du YMCA de la rue Tupper à Westmount, qui, aujourd’hui, héberge temporairement des personnes réfugiées. Ses interventions se situaient entre travail social et psychanalyse. Il veillait également à la collecte de vêtements, de livres, à la construction d’une bibliothèque et faisait de l’animation sociale. C’est dans ce contexte de travail qu’il a été invité à se joindre au RIVO par la directrice du Jardin couvert de l’époque. Le RIVO l’intéressait pour plusieurs raisons, notamment pour la liberté d’approche clinique avec les personnes qui consultent puisque dans le contexte de la violence organisée, toutes les approches sont mises au défi, d’où le fait qu’il ne faille privilégier aucun dogme ni aucune approche. RIVO offre également la possibilité de travailler en plusieurs langues et avec des interprètes, ce qui permet de voyager entre les langues et les cultures. Peterson est d’ailleurs polyglotte, anciennement traducteur et venant lui-même d’une famille d’immigrants, italienne du côté maternel, et danoise et polonaise du côté paternel.

Dans la phrase mise de l’avant cette année par le RIVO, « De la survie à la vie », Michel Peterson voit l’occasion de mettre un trait d’union à « sur-vie » puisque l’humain, né toujours prématurément comparé aux autres espèces, est, dès ses premiers instants, en mode « survie ». Les gens objets de violence (au mot « victime » Peterson préfère le mot « objet ») mettent en lumière la persistance de la vie, révélant cette condition de l’humain de manière patente. La « sur-vie » met également en relief la violence inhérente à la culture et au psychisme. Plutôt que de parler de l’inhumain, Michel Peterson reprend le mot du psychanalyste Pierre Fédida : « déshumain », lequel renvoie à l’état où même le silence est devenu inopérant à traduire l’horreur. Pour lui, donc, « de la survie à la vie » signifie qu’il faut être capable d’entendre ce silence (un silence très criant) et d’accompagner des personnes qui ont vécu des parcours terribles et hors de l’ordinaire. Ce sont elles qui nous enseignent à vivre, remarque-t-il.

La cour d’immigration exige que les demandeurs d’asile montrent des preuves des traumas qu’ils ont vécus. Or, le récit d’un trauma peut avoir des trous. Par la clinique, le thérapeute fournit un espace où une parole puisse être dite en dehors de tout critère d’adéquation à la vérité, ce qui seul permet une libération pour les patients : leur expérience est valable malgré leurs trous de mémoire concernant l’événement traumatique.

© Christian Peterson www.christianpeterson.caPour passer de la survie à la vie, Michel Peterson utilise un mot de l’écrivain brésilien Haroldo de Campos : « transcréation ». Dans la clinique, il s’agit de trans-créer un espace de parole pouvant mener à une nouvelle vie, d’opérer un transfert et une création en même temps. L’adresse de la thérapie permet au désir d’être relancé. Le cabinet devient une aire de création et pour le patient et pour le thérapeute : face à un patient ne parlant ni anglais ni français ni portugais, Peterson en est venu avec lui à inventer une langue, une néo-langue sur laquelle s’appuyer pour que son patient continue à exister. La clinique a été également un moteur de création pour Michel Peterson puisque l’un de ses ouvrages, L’instant du danger, paru en 2014, est le produit de son travail avec les personnes référées au RIVO. Tout en respectant la déontologie, souligne-t-il, il lui semble important qu’on prenne la parole sur certaines questions soulevées en thérapie. À son avis, chaque événement traumatique lié à la violence organisée est toujours politique, et le politique se trouve au cœur de la clinique. Michel Peterson dirige par ailleurs un projet de recherche à la Chaire Oppenheimer de l’université McGill, Road of Bones and Ashes, également issu de son travail avec les réfugiés. Son parcours avec le RIVO l’a donc amené à créer d’autres liens, à publier, à créer, à prendre une parole publique à partir de la clinique.

Enfin, pour lui, il est significatif que le RIVO soit lié à d’autres organismes dont le ICRT (International Council for Rehabilitation of Torture Victims) qui siège à Copenhague : la volonté du RIVO de créer des liens va dans le sens de replacer la pulsion de vie au centre de l’existence, ce vers quoi doit également tendre la personne objet de violence organisée pour arriver à passer de la survie à la vie.

Photo © Christian Peterson 


Livres

L’instant du danger 

Un trou dans la nuit : Roads of Bones and Ashes, Premier Carnet de travail

 

Article

L’extraction et le tatouage : Figures de l’Autre dans le trauma extrême

 

Chaire Oppenheimer en droit international public


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